Marchandisation du soutien scolaire grâce à la MAIF et la MGEN


Publié le lundi 26 octobre 2009 sur https://old.sudeducation.org/Marchandisation-du-soutien.html

Avec Séréna, l’assureur « militant » peut être fier de sa création : ce service d’assistance domestique créé il y a 20 ans est devenu une entreprise aux partenariats problématiques.

La solidarité ?

Quand la MAIF crée Séréna en 1990, il s’agit d’un service d’assistance domestique chargé d’apporter une aide aux personnes malades ou victimes d’un accident ou d’un sinistre. Séréna va cependant se diversifier et surtout, étendre son champ d’activités bien au-delà de la solidarité face à l’adversité.

En effet, en 2006, la MGEN, la MACIF et la Caisse d’Epargne investissent dans Séréna, qui devient une Société Anonyme à directoire et conseil de surveillance. Ce nouveau statut éloigne de fait Séréna de ses objectifs solidaires. Pour preuve, les nouveaux services proposés : aide aux personnes fragilisées, services ménagers, garde d’enfants, assistance informatique, petit jardinage et soutien scolaire et cours à domicile. Ces services ne sont plus réservés aux seules personnes en difficulté - et donc relevant de la compétence des mutuelles « militantes » qui prennent leurs frais en charge - mais à tous les adhérents ou aux sociétaires des banques, mutuelles et assurances précitées. Moyennant finances, cela va de soi.

Cette entreprise, plateforme de services à la personne, co-dirigée par les mutuelles et assurances prétendument « militantes », travaillera ainsi en partenariat avec des prestataires, entreprises et associations, dont certains peuvent faire concurrence aux services publics, voire les affaiblir.

La qualité ?

Séréna affirme sur son site qu’elle bénéficie d’« un réseau de 3500 prestataires de qualité, agréés par l’État et sélectionnés selon les chartes, labels et certifications du secteur », qu’elle « travaille sur la base d’un partenariat au service de la qualité », et que sa « politique d’achat est axée sur la qualité : prise en compte des labels, de la certification, de la politique de formation ainsi que du respect des conventions applicables au secteur d’activité ». Nous avons interrogé Séréna afin de connaître selon quels critères elle choisit ses prestataires. Le site de la MAIF nous assure ceci : « La MAIF bâtit avec Séréna un réseau de prestataires « citoyen et responsable » composé d’organismes du secteur de l’économie sociale : associations, Scop [1], établissements ou services d’aide par le travail, entreprises d’insertion… ». Mais la réponse que Séréna nous a adressée est bien moins ambitieuse : « Nos exigences sont : être agréé pour les prestations de services à la personne, avoir l’agrément simple de services à la personne, loi Borloo. Les autres critères-qualités sont propres à Séréna et nous ne pouvons donc pas vous les communiquer. »

Quel est donc cet « agrément simple » ? Un petit tour sur le site de l’Agence nationale de service à la personne, et nous voilà fixés : il existe deux types d’agréments, l’agrément simple et l’agrément qualité. Le premier étant moins exigeant que le second, cela va de soi. Comment l’obtient-on ? Par une simple déclaration administrative du prestataire ! Cet agrément n’est donc pas un label relatif aux qualités pédagogiques des intervenants et ne signifie en aucune manière que l’État exerce un quelconque contrôle sur les cours dispensés.

Quels sont ces mystérieux autres critères « propres à Séréna » ? Dans la fiche de candidature que Séréna adresse à qui veut rejoindre les 3500 prestataires, on ne trouve rien sur la dimension « citoyenne et responsable » mise en avant par la MAIF. Et il suffit de consulter la liste des associations ou entreprises ayant l’agrément (sur le site de l’Agence nationale de service à la personne) pour s’en convaincre : dans le Morbihan sont référencées les entreprises de travail temporaire ADECCO, les officines privées type « ACADOMIA », ABC COURS... Séréna fait-elle appel à eux ? La plateforme refuse de le dire.

La transparence ?

Car un autre problème se pose : l’adhérent, le mutualiste, le sociétaire qui passe commande auprès de Séréna pour du soutien ou des cours n’a pas accès à l’identité des prestataires. Il doit s’engager et signer le contrat sans connaître l’intervenant. Nous avons interrogé Séréna pour connaître la liste des prestataires sur le Morbihan. Refus de communiquer, pour raison de « non-concurrence » : "nous évitons de communiquer toutes coordonnées de prestataire en amont, afin d’éviter tout contact en direct avec le prestataire" et donc la perte d’un client. Signez, et vous verrez ensuite...

Séréna s’est engagée sur le marché porteur des cours et du soutien à domicile. Loin de renforcer le service public d’éducation - en construisant ou en améliorant les partenariats avec le Ministère de l’Education, le CNED ou en réfléchissant à une articulation entre associations d’aide à la personne et établissements scolaires, en cas d’accident ou de maladie - Séréna a fait le choix de la marchandisation libérale de l’éducation, en s’associant aux officines privées.

Sud éducation Morbihan

[1Sociétés Coopératives de Production, dont les salariés sont associés majoritaires de l’entreprise dont ils détiennent au moins 51% du capital