Rappel : 20 novembre, journée mondiale de solidarité - Oaxaca, 19-11-06

Note d’information n°10
lundi 20 novembre 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

La PFP sur le départ ?

Peut-on espérer une très prochaine évacuation de la Police Fédérale Préventive de l’Etat d’Oaxaca ? Selon des déclarations de Carlos Abascal, ministre fédéral de l’Intérieur, c’est le satrape Ulises Ruiz qui prolonge l’occupation militaire sous d’innombrables et futiles prétextes. Comme c’est lui, paraît-il, qui avait demandé en bonne et due forme son intervention au gouvernement fédéral, celui-ci, quoi qu’il en pense, s’est cru obligé de la maintenir en place tant que Ruiz ne demandait pas son départ. Abascal a encore laissé filtré que ces deux dernières semaines, il avait demandé « pratiquement tous les jours » à Ruiz qu’il prenne en charge la sécurité dans son Etat afin de procéder au retrait immédiat de la PFP, dont la mission est terminée. Le ministère a fait savoir que « faute d’une réponse favorable du gouverneur lundi prochain, le retrait de la PFP sera mis en œuvre le lendemain, soit le mardi 21 novembre ». Bon, Abascal a déjà tant menti qu’il est un peu tôt pour se réjouir. Toutefois, il n’est pas impossible qu’il ait besoin de tous ses effectifs à Mexico, pour assurer la prise de pouvoir officielle du président (mal) élu Felipe Calderón - dit « FeCal » ou « l’usurpateur » - le 1er décembre.

En attendant, la PFP laisse assassiner littéralement sous son nez un honnête citoyen retraité de l’armée, agresse sexuellement une brave femme de 48 ans... L’ordre règne, en un mot.

Goebbels, petit joueur !

Ulises Ruiz Ortiz et son équipe ont visiblement adopté les principes propagandistiques de Goebbels, selon lesquels plus c’est gros, plus ça prend. Ils sont même en train de dépasser le maître dans l’énorme. Alors que l’assassinat de Brad Will a été filmé et les assassins reconnus comme pistoleros du PRI, l’ineffable Lizbeth Caña, responsable de la Justice ( ! ) pour l’Etat d’Oaxaca, vient d’asséner sans rire jeudi 16 qu’une autre piste était privilégiée : le jeune journaliste étasunien aurait été tué par des membres de l’APPO, ce serait un complot pour donner une dimension internationale à ce conflit local... Voilà qu’on nous refait le coup de l’incendie du Reichstag, mais au moins celui-ci n’avait pas eu de témoins !

De plus en plus fort : Ulises Ruiz a réussi à se faire applaudir. Il a participé vendredi 17 à la clôture du septième séminaire des dirigeants chrétiens organisé par La Voix du Changement à La Ventosa. Devant cette assemblée de pasteurs et responsables évangélistes, il a affirmé tout de go : « Seul Dieu fait et défait les gouverneurs ». Texto. Et l’assistance, en partie zapotèque, d’approuver bruyamment un aussi biblique propos.

Qu’on nous permette ici une parenthèse et une analyse personnelle. Le catholicisme a perdu une grande partie de son pouvoir de nuisance auprès des Indiens. S’il a été imposé par les conquérants avec une extrême brutalité, les Indiens ont eu le temps, en 500 ans, de trier ce qu’ils en prenaient et ce qu’ils en rejetaient, de l’intégrer à leur culture, de le digérer, bref, de le neutraliser. Aveuglés par l’orgueil, les conquérants ont cru qu’ils avaient christianisé les Indiens, alors qu’en réalité c’étaient ceux-ci qui avaient indianisé le christianisme. Il n’en va pas de même avec les sectes fondamentalistes, souvent nord-américaines, qui depuis quelques décennies s’abattent sur les peuples natifs comme la misère sur le pauvre monde. Pour ces fous de dieu, seul ce qui est écrit dans la bible est acceptable ; cela aboutit à introduire de force dans la culture indigène ce qui est sa négation même : l’individualisme, la propriété, l’obéissance à un pouvoir extérieur à la volonté commune... De l’ethnocide pur et dur. Sacrée vérole !

Soutien du PRD

Tiens, le PRD vient de se rendre compte qu’une lame de fond populaire secouait l’Etat d’Oaxaca ! Et comme cet équivalent mexicain de notre PS prétend représenter le peuple, il y avait évidemment des conclusions à en tirer. Alors, c’est dit, le PRD soutient la lutte des peuples d’Oaxaca. Ses militants locaux ont même participé au congrès constitutif de l’APPO, dont ils ont, en vain, tenté d’infléchir les positions dans un sens plus institutionnel. Beaux joueurs, malgré cet échec, ils acceptent l’expression populaire et rejettent l’accusation d’opportunisme : « s’associer à une cause juste n’est pas de l’opportunisme » a protesté José Agustín Ortiz Pinchetti, secrétaire aux Relations Politiques dans le cabinet fantôme du président autoproclamé Andrés Manuel López Obrador (AMLO). S’il le dit, c’est sûrement que c’est vrai. Mais ça prouve en tout cas, Nicolas, que la Commune d’Oaxaca commence à jouir d’une grande popularité dans l’ensemble du pays.

Du côté de l’APPO

D’abord une confirmation de ce qu’on supposait dans la note d’info du 13 novembre. Un compte-rendu du congrès constitutif, publié par Indymedia le 14, montre effectivement qu’à l’indienne, le congrès a retenu la règle du consensus, même si elle n’a pas été simple à mettre en pratique vu l’écart initial de certaines positions. Indymedia rapporte en effet que trois courants principaux se sont exprimés : l’un représenté notamment par les militants du PRD, franchement réformiste, et très minoritaire ; le second « révolutionnaire classique » issu de la tradition marxiste ; le troisième rassemblant aussi bien les jeunes libertaires, les habitants des quartiers populaires (colonias) et les communautés indiennes. Malgré tout, « la recherche opiniâtre du consensus » a été payante, et fait dire au reporter d’Indymedia : « En fin de compte, ce que cherche l’Autre Campagne zapatiste, l’alliance entre le mouvement indien et les forces d’opposition au monde capitaliste, semble se concrétiser ici avec l’APPO ».

Une tribune d’Adelfo Regino, vieux sage du peuple Mixe, publiée dans La Jornada du 18-11, complète ce compte-rendu. Elle s’intitule APPO : l’arc-en-ciel oaxaquègne. Il y rappelle d’abord que ses ancêtres interprétaient l’arc-en-ciel comme l’accouchement d’une biche engrossée par le Soleil. Il définit l’APPO comme « la confluence de ce qui est divers par nature », et énumère les 20 principes retenus par le congrès : communalisme, démocratie, révocabilité des mandats, consensus, non réélection, esprit de service, égalité de genre, solidarité internationaliste, anti-impérialiste, antifasciste et anticapitaliste, pour n’en citer que quelques-uns. Il ajoute que « face à la crise actuelle de ce qu’on appelle la démocratie représentative, le congrès de l ‘APPO revendique et assume les formes concrètes de la démocratie directe ». Et il conclut : « Semblable à l’arc-en-ciel multicolore, l’APPO se trouve face à l’énorme défi de concrétiser dans les faits les couleurs diverses que nous représentons, pour les intégrer dans un tissu qui reflète les exigences et les rêves de tous ».

Vendredi 17 s’est tenue à Mexico une rencontre nationale avec l’APPO à laquelle ont assisté les représentants de dizaines d’organisations syndicales, académiques, artistiques, sociales et politiques de divers endroits du pays. Un des buts était, suivant les paroles de Flavio Sosa, de s’unir pour « transformer cette révolte populaire en une révolution pacifique, humaniste et démocratique ». L’ensemble des participants a repris les deux principales exigences de l’APPO, la démission de Ruiz et le départ de la PFP. Ils ont donné à Ruiz jusqu’au 25 novembre pour abandonner son poste, faute de quoi des actions auraient lieu dans tous les Etats du Mexique. Suite à cette rencontre, hier samedi a eu lieu, toujours à Mexico, la création d’une Assemblée Populaire des Peuples du Mexique, à l’appel d’une bonne cinquantaine d’organisations. Un de ses buts est de promouvoir la création d’assemblées populaires d’Etats, de régions, de localités, « qui reprennent les traditions collectives, communautaires et populaires qui trouvent dans ces assemblées l’expression la plus pleine et la plus développée de la démocratie directe ». L’APPM sera ouvertes à toutes les forces et organisations populaires prêtes à y participer « car il s’agit d’impulser une nouvelle façon de faire de la politique, où les décisions et la participation impliquent directement les citoyens ». Une exception, toutefois : elle n’acceptera pas d’organisations liées au PRI ou au PAN puisque ce qui est visé est « un processus d’organisation populaire où les décisions émanent directement des assemblées, avec une coordination horizontale, et sans possibilité d’imposer des décisions depuis de petits fiefs de pouvoir ».

19 novembre 2006.

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