Oaxaca : la Commune est en marche

Note d’information n°2
jeudi 28 septembre 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

Durant les mois de juillet et août, la situation n’avançait guère, malgré les soutiens reçus de tout le pays par « la Commune d’Oaxaca » mais en revanche, la tension montait. On ne compte plus les attentats commis contre des personnalités de l’APPO ou contre les plantones (piquets ou barricades) par des pistoleros du PRI ou par des policiers « en congé » : cocktails molotov, coups de feu, dont deux au moins mortels...

Marche pour la Dignité

En septembre, non seulement les enseignants n’ont pas repris le travail, mais les travailleurs de la santé les ont rejoints dans la grève. Plus que jamais, l’APPO maintient son exigence de destitution d’Ulises Ruiz. Mais le PAN au pouvoir à Mexico, dont la victoire électorale a été très contestable (et contestée), a plus que jamais besoin de l’alliance avec le PRI, qui réclame à cor et à cri le « rétablissement de l’ordre ». Il se trouve que si la 22ème section du Syndicat National des Travailleurs de l’Education (SNTE) a été l’aile marchante du mouvement oaxaquègne, le PRI est représenté à la direction nationale du SNTE, qui fait pression pour que se tienne une consultation sur la reprise des cours.

C’est pour déjouer ces manœuvres que l’APPO a organisé la Marche pour la dignité des peuples d’Oaxaca qui est partie de la capitale de l’Etat le 21 septembre, en route pour Mexico. La colonne reçoit un accueil extrêmement chaleureux là où elle passe. Elle a aussi reçu le renfort de délégations d’enseignants des Etats voisins, le Michoacán et le Guerrero.

Or, depuis le départ de cette marche, certaines choses commencent à bouger. Ce n’est pas pure coïncidence.

On assiste d’une part à un raidissement du futur ex-gouverneur Ulises Ruiz et du PRI local. Le dimanche 24 septembre, par exemple, il a tenté une réapparition publique ; le rassemblement immédiat de protestation de l’APPO a fait l’objet d’une attaque armée de policiers en civils et autres pistoleros. Bilan : 7 blessés dont un par balle. Après une retraite précipitée, Ruiz a sommé les enseignants de reprendre le travail le lendemain, sous peine de radiation et de poursuites pénales, les cours pouvant alors être assurés... par des militaires ! Inutile de préciser que les cours n’ont pas repris. Mais le PRI utilise ses propres provocations pour « démontrer » que la situation dégénère et exige le « rétablissement de l’ordre ».

Risque de contagion

Mais ailleurs dans le pays c’est l’inquiétude de la contagion qui domine chez ceux d’en haut, PRI compris. Le président de la Confédération des Chambres de Commerce, par exemple, s’inquiète d’ « une affaire qui pourrait s’étendre à d’autres régions aussi pauvres qu’Oaxaca et ayant des revendications si anciennes qu’elles représentent un risque pour la stabilité sociale ». Le préfet du District Fédéral se dit « préoccupé » de l’impact que pourrait avoir la Marche pour la Dignité sur les populations de la capitale. Le président de la république en exercice (jusqu’à décembre) Vicente Fox s’empresse d’affirmer que la Marche est inutile, que les Oaxaquègnes feraient mieux de rester chez eux. Avec non moins d’empressement son ministre de l’intérieur fait savoir qu’il n’a reçu de Ruiz « aucune demande formelle d’intervention ». Le chef du groupe PRI à la Chambre des députés a déclaré : « Le PRI, par principe soutient son gouverneur », mais il a ajouté « sa démission sera une décision toute personnelle ».

Dans les grandes manœuvres imaginées par le gouvernement central pour désamorcer la bombe oaxaquègne, il y a par exemple... la satisfaction des revendications des enseignants ! Que n’y ont-ils pensé il y a quatre mois ? Le gouvernement propose également quelques mesures pour calmer l’APPO : « citoyennisation » des organes électoraux, plus de transparence et d’accès à l’information, intégration à la vie de l’Etat des organismes de défense des Droits de l’Homme...

Pendant ce temps, la Marche pour la Dignité des Peuples d’Oaxaca avance d’un bon pas, malgré les tentatives sporadiques d’intimidation (convois militaires sur le parcours). A l’heure où on écrit ces lignes, elle devrait arriver à Puebla, capitale de l’Etat du même nom et grande ville industrielle. Elle reçoit toujours le même accueil à son passage : nourriture, boisson, fleurs, pétards, fanfare et banderoles. Par exemple : « Maître d’école, ne capitule pas pour 3 quinzaines de salaire en moins, nous ça fait 70 ans qu’on n’en touche pas ». Les femmes qui intègrent la Marche, elles, en arborent une qui dit : « Les femmes d’Oaxaca ont laissé tomber le tablier, s’il le faut elles prendront le fusil ».

27 septembre 2006.

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