Oaxaca, 30-10-2006 : la police fédérale préventive (PFP) donne l’assaut

Note d’information n°4
lundi 30 octobre 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

Notre précédente note d’information (du 27-10) péchait par optimisme. Elle sous-estimait la capacité de nuisance du malgouverneur Ulises Ruiz Ortiz et surtout la duplicité du gouvernement fédéral.

Quelques heures après la rédaction de cette note, Ruiz lançait une grossière et brutale provocation. A l’occasion de cette journée nationale de mobilisation, il envoyait ses tueurs, parmi lesquels ont été formellement reconnus tel conseiller municipal, tel et tel responsable local du PRI, contre les plantones du mouvement. Au moins trois personnes ont ainsi trouvé la mort, dont un reporter étasunien d’un média alternatif : Bradley Roger Will, d’Indymedia. Les journalistes étaient clairement parmi les cibles des pistoleros. Outre les morts, ces attaques ont fait un nombre élevé de blessés, au moins 23, des véhicules ont été incendiés...

Prétendre qu’il faut que les fédéraux interviennent parce que « l’ordre public est gravement troublé » quand on est soi-même le principal fauteur de troubles graves, c’est trop énorme, direz-vous. La ficelle a la finesse d’une amarre de porte-avions ! Qu’importe, si ça marche ; le PRI n’a jamais fait dans la délicatesse.

Or ça a marché. Au lieu de faire arrêter le commanditaire connu de ces assassinats, le gouvernement fédéral a envoyé ses troupes réprimer les victimes, c’est-à-dire la population rebelle d’Oaxaca. Tout le monde, au Mexique, a compris qu’en coulisse le PRI a menacé le PAN de boycotter la prise de fonctions officielle du « président élu », Felipe Calderón dit « FeCal », le 1er décembre prochain, s’il lâchait Ulises Ruiz. Et comme le PRD (opposition) a déjà averti qu’il la boycotterait...

Brutale « reconquête »

L’opération a commencé dimanche 29 à 12 h 30 (locales). Un corps expéditionnaire de 4000 hommes, la majorité de la Police Fédérale Préventive, PFP, version mexicaine de nos CRS, équipés de véhicules blindés anti-émeutes, appuyés par des hélicoptères de l’armée, a convergé sur Oaxaca à partir de différents points. Et ce n’est qu’à 11 heures du soir que le zócalo (place principale) a été définitivement repris : cela donne une idée de la résistance des oaxaquègnes. L’APPO avait donné consigne de ne pas affronter la PFP, mais seulement de retarder sa marche, elle a été entendue !

Cette opération a fait quatre morts (2 enseignants, un infirmier, et un gamin de 14 ans), un nombre de blessés impossible à préciser, dont quelques policiers, et 60 arrestations. Les résistants sont quand même parvenus à détruire 2 véhicules blindés. Quand on sait que Carlos Abascal, ministre de l’Intérieur, avait « juré devant Dieu » qu’il n’y aurait de son fait aucune violence à Oaxaca, et que le dialogue était sa seule option... C’est pourtant lui qui l’a rompu unilatéralement, comme l’a confirmé l’APPO. La PFP a utilisé massivement des gaz lacrymogènes, des gaz au poivre très irritants, et les canons à eau envoyaient sous pression un liquide coloré en rouge-orange également irritant. Il y a eu aussi des tirs d’armes à feu, l’APPO a retrouvé des douilles à plusieurs endroits.

Et maintenant ?

L’usage de la force, condamné par bien des secteurs de l’opinion mexicaine, remet en cause les accords signés précédemment avec Abascal. La reprise des cours, par exemple, est compromise. En dehors d’Oaxaca, la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE, qui regroupe les sections du SNTE en opposition à la direction vendue de ce syndicat) appelle tous ses adhérents à la grève pour mardi 1er novembre. Cela devrait concerner au moins 400 000 enseignants de sept Etats ; là où la CNTE n’est pas assez implantée pour appeler à la grève, elle appelle néanmoins à des actions de protestation sous toutes les formes possibles.

De telles actions ont d’ailleurs déjà eu lieu à plusieurs endroits du pays : Michoacán, Guerrero, Chiapas, Mexico, et à l’étranger : New York, Milan, Madrid...

De l’Etat de Chihuahua où il se trouve en tournée pour « l’Autre Campagne », le sous-commandant Marcos a renouvelé le soutien total de l’EZLN à la lutte oaxaquègne.

Ce qui est certain, c’est que l’emploi de la force, loin de calmer les choses, ne peut que les envenimer. Un vieux dirigeant traditionnel mixe (l’un des 16 peuples indiens de l’Etat d’Oaxaca) qui dit lui-même qu’il est loin d’être un « radical », a déclaré qu’il était hors de question que Felipe Calderón mettre les pieds dans l’Etat pendant les 6 ans que doit durer son mandat. Il prédit aussi qu’Ulises Ruiz aurait tort de crier victoire, car les peuples rebelles d’Oaxaca ne vont pas lui laisser une minute de répit, jusqu’à ce qu’il soit obligé de démissionner. Mais ils auront sans doute bien davantage besoin de notre soutien à partir de maintenant. Sachons le leur apporter.

30 octobre 2006.

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