Oaxaca, 3-11-06 : la tension monte

Note d’information n°6
vendredi 3 novembre 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

Brève note, vu l’urgence. Plusieurs facteurs ont fait monter la tension durant la journée d’hier (jour des morts, fête traditionnelle au Mexique) :

1- La justice de l’Etat d’Oaxaca, aux mains du PRI, a bien dû se résoudre à arrêter et inculper deux des assassins de Brad Will : il n’y avait aucun doute sur leur identité, ils avaient été filmés, photographiés, reconnus par des témoins... Or il s’agit d’un conseiller municipal du PRI et du chef des gardes du corps de la même municipalité (eh oui, les pistoleros ont un statut officiel dans le système PRI !). Leur erreur a été de s’en prendre à un ressortissant étasunien : l’empire défend les siens, même « gauchistes » !

2- Si on ajoute à cela que les parlementaires du PAN, et même certains du PRI, commencent à trouver Ulises Ruiz Ortiz infréquentable, et qu’il n’est pas impossible qu’il y ait au Sénat une majorité PRD-PAN pour le destituer, on comprendra mieux l’ultimatum adressé par le PRI d’Oaxaca au gouvernement fédéral : « ou bien la PFP arrête les leaders de l’APPO, ou bien on rétablit l’ordre nous-mêmes ». Et d’ajouter : « on est plus qu’eux, on est 20 000 ». Là, il se fait sans doute des illusions : c’est par la terreur que le PRI a toujours « tenu » ses troupes ; or les oaxaquègnes n’ont plus peur, ils l’ont montré. Il n’empêche qu’il y a là clairement menace d’enlèvements, sinon d’assassinats. La bête est blessée, elle n’en est que plus dangereuse.

3- C’est dans ce contexte que la PFP a tenté un nouveau coup de poker, s’emparer du « sanctuaire » de l’APPO depuis l’occupation militaire : l’Université Autonome Benito Juárez, siège de Radio Universidad. N’osant pas violer ouvertement la franchise universitaire dont on a déjà parlé, elle a tâté le terrain en voulant, vers onze heures du matin, retirer les barricades qui se trouvaient à proximité, juste « pour rétablir la libre circulation ». La réaction ne s’est pas fait attendre : rompant avec la tactique d’opposition pacifique, l’APPO a appelé à défendre la Cité Universitaire coûte que coûte et par tous les moyens. Cela a donné lieu à plusieurs heures d’affrontement, canons à eau et grenades lacrymogènes contre cocktails molotov et cohetones (très gros pétards tirés avec des tubes en PVC), matraques contre gourdins. Le nombre de blessés n’est pas encore définitivement établi, mais il y en aurait eu 7 chez les flics. La PFP a fini par abandonner le terrain vers 18 heures, avec un communiqué officiel jurant qu’au grand jamais elle n’avait eu l’intention de pénétrer dans la Cité U. Le communiqué de l’APPO, lui, se termine par le mot d’ordre : « plus un pas en arrière ! », et appelle à la mobilisation générale.

Voilà ce qu’on peut dire le 3 novembre à 7 heures et demie du matin heure française.

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