Oaxaca 1-11-06 : la Commune vit toujours

Note d’information n°5
mercredi 1er novembre 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

On peut aujourd’hui tirer un premier bilan de l’intervention de la police fédérale préventive (PFP) du 29 octobre pour reprendre Oaxaca au peuple rebelle : malgré sa brutalité (3 morts), elle a été un échec. Cette intervention était beaucoup trop... ou beaucoup trop peu.

Beaucoup trop pour permettre l’issue sereine à la crise qu’on commençait à entrevoir trois jours plus tôt, beaucoup trop peu pour briser la détermination d’une population qui depuis cinq mois a décidé de vivre debout. N’oublions pas qu’Oaxaca est le pays natal de Benito Juárez, ce tout petit bonhomme qui avait flanqué une raclée à Napoléon III !

La tactique de l’APPO, ne pas aller à l’affrontement, mais résister pacifiquement, a été payante. Elle n’a pas donné aux forces de répression le prétexte à un bain de sang. Elle a permis de maintenir un haut niveau de mobilisation populaire. Les piquets et barricades ont été reconstitués après le passage de la PFP, ou trois rues plus loin pour le plantón principal, puisque la PFP occupait le zócalo. Après un sabotage momentané de Radio Universidad par « l’armée d’occupation », comme l’appellent les oaxaquègnes, les techniciens populaires ont réussi à remettre en marche ce précieux outil de coordination de la lutte. Bien dans son rôle, le recteur de l’université a solennellement rappelé le caractère inviolable des locaux universitaires ; dans toute l’Amérique Latine, en effet, existe depuis 1909 une intangible franchise universitaire, que seules les dictatures les plus sanglantes se sont permis de violer.

Les photos ou vidéos qu’on a pu voir montrent des scènes étonnantes. Par exemple celle de cette petite dame endimanchée allant défier la PFP en leur brandissant sous le nez une image de la Vierge de Guadalupe... Il faut vraiment être mexicain pour faire ça ! Celle, aussi, d’Adelfo Regino, vieux chef traditionnel mixe, apostrophant les flics : « Pourquoi obéissez-vous à l’ordre de réprimer vos frères indiens ? »

La PFP, venue pour « rétablir l’ordre », a aussi montré par son attitude quelle sorte d’ordre elle restaurait : elle a pillé les kiosques des petites marchandes du zócalo, alors qu’il n’y avait pas eu un vol en cinq mois de pouvoir populaire, et a, littéralement, chié partout, alors qu’il y avait des toilettes publiques à deux pas. Cela a fait dire aux oaxaquègnes - c’était trop tentant - que c’était ça l’ordre FeCal, surnom de Felipe Calderón qui doit prendre ses fonctions de président de la république le 1er décembre prochain.

Les trois marches convergentes appelées par l’APPO lundi 30 ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, alors que la manif de soutien à Ulises Ruiz appelée hier par le PRI local - manquent pas de culot, ceux-là ! - en a regroupé péniblement 800.

URO, dehors !

Le président sortant, Fox, et son successeur FeCal, tous deux du PAN, se sont mis dans un imbroglio inextricable en cédant à Ulises Ruiz Ortiz (URO) et en ordonnant l’occupation militaire d’Oaxaca. Le personnage est tellement puant que les deux chambres du parlement mexicain lui ont voté lundi une « exhortation » à démissionner. A la chambre des députés, ceux du PRI ne l’ont pas votée, au sénat, en revanche, même son propre parti lui demande la « grandeur d’âme » de penser d’abord au bien public ! Peine perdue, évidemment... Le malgouverneur s’accroche comme une tique et l’a fait savoir.

Sans doute encombré par ce bien vilain allié, le gouvernement fédéral a laissé hier le commandement opérationnel de la PFP à Oaxaca faire des « révélations » : ils auraient repéré des groupes de délinquants qui se font passer pour étudiants ou membres de l’APPO, mais qui en réalité obéissent à des politiciens du PRI local, et qui commettent des exactions pour en faire porter la responsabilité au mouvement populaire. Quelle surprise ! Que c’est mal ! Si on l’avait su avant... Soyons sérieux : si le gouvernement fédéral ne le savait pas, il était bien le seul !

Il n’empêche que l’intervention à Oaxaca était un coup de poker : si elle parvenait à briser l’APPO, c’était tout bénéfice pour l’alliance PRI-PAN ; mais ce n’est pas le cas. Il va donc bien falloir s’attaquer au problème n°1 : la permanence comme gouverneur d’Oaxaca d’un satrape définitivement rejeté par la population. Il est clair que tant qu’Ulises Ruiz restera gouverneur, l’Etat d’Oaxaca ne retrouvera pas la tranquillité. Il est clair aussi qu’il n’y a à peu près plus personne pour soutenir cet odieux personnage, ni à Oaxaca, ni dans le reste de la république. Autrement dit, retour à la case départ, avec quelques morts en plus. Tout ce qu’ont gagné Fox et FeCal, c’est qu’à présent, le rejet les englobe eux aussi, à Oaxaca bien sûr, mais pas seulement. On a commencé à entendre dans les manifs : Ulises ¡ya cayó ! y sigue Calderón (Ulises est déjà tombé et Calderón va suivre).

Solidarité avec l’APPO

Des prises de position et actions en faveur de la lutte des peuples oaxaquègnes ont déjà eu lieu dans tout le pays (et son « annexe », les Etats-Unis). Ne citons que les principales. On l’a déjà dit, depuis le début du mouvement, l ‘EZLN et « l’autre campagne » expriment régulièrement leur soutien total à l’APPO, et ont déjà réalisé plusieurs actions, notamment des barrages routiers. Même chose pour le Front Populaire Pancho Villa, de l’Etat de Puebla, qui a coupé pendant plusieurs heures l’autoroute Mexico-Puebla, soit le principal axe routier du pays.

Dans l’Etat voisin du Michoacán, où est apparue récemment une APPM, celle-ci et la CNTE font les choses en grand ; la 18ème section de la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (opposition à la direction vendue du SNTE) annonce une grève illimitée dans plus de 10 000 écoles de l’Etat et le départ pour Oaxaca de trois mille enseignants en renfort pour l’APPO.

Sur le plan national, la même CNTE prépare aussi la grève illimitée, qui pourrait concerner 30 000 écoles et 400 000 enseignants, tant qu’ « URO » sera toujours gouverneur et que la PFP occupera Oaxaca..

Signalons encore la solidarité sans faille du Syndicat des Electriciens, toujours aux côtés des mouvements populaires depuis plus d’une décennie.

A Mexico même, plusieurs manifs ont déjà eu lieu. On aura remarqué que le PRD a manœuvré pour apparaître comme la direction de la protestation, mais que le piquet permanent envoyé par l ‘APPO dans la capitale ne s’est pas laissé faire : il a démarré la manif avant l’arrivée d’Andrés Manuel López Obrador (candidat malheureux du PRD aux dernières présidentielles et autoproclamé vainqueur), qui se faisait un peu trop attendre...

Cela dit, ne nous cachons pas la vérité : le mouvement de soutien à l’APPO n’a pour l’instant pas l’ampleur de la déferlante de solidarité qui avait su arrêter l’intervention militaire au Chiapas en 1994. Un peu comme « l’autre campagne » des zapatistes, c’est un mouvement qui vient d’en bas, non des grands appareils politiques et syndicaux. Il est vrai que si tous ces grains de sable parviennent à s’agglomérer, cela peut finir par faire un bien gros caillou dans les godasses du capital mexicain ...

1er novembre 2006.

Agenda

<<

2021

 

<<

Mars

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930311234
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois