Marche ou grève

Edito
 juin 2003
mis à jour vendredi 14 janvier 2005

A l’heure où nous mettons ce journal sous presse, l’évolution de la mobilisation sociale en France est à la fois à la radicalisation et à l’incertitude. Mais une chose est sûre, il se passe quelque chose qui dépasse la simple contestation sociale. Toutes les analyses le reconnaissent, un tel mouvement dans l’Education est sans précédent dans ses formes, sa généralisation et sa détermination. Et les tergiversations, invectives, menaces, campagnes promotionnelles ministérielles, ne semblent pas pouvoir l’arrêter de sitôt.

Les personnels de l’Education l’ont bien compris : la décentralisation n’est pas une réforme de plus. Tous les salariés de ce pays l’ont compris aussi : la prétendue réforme des retraites, du public comme du privé, n’est qu’une adaptation du système français aux directives libérales européennes. Démantèlement de l’école, privatisation de la Sécurité Sociale, abolition du salaire minimum par le Revenu Minimum d’Activité font partie du même programme.

La mondialisation n’est pas un projet de société.

Derrière le discours de la modernisation, de la nécessaire adaptation aux nouvelles données économiques et démographiques, se cache la plus vaste attaque anti-sociale jamais menée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. L’attaque contre la retraite par répartition s’inscrit bien dans une logique d’affrontement globale. Certains signes ne trompent pas - pour preuve s’il en est besoin, la déclaration de Fillon juste après l’accord de la CFDT sur la réforme des retraites : "nous avons gagné une bataille, mais pas la guerre". C’est bien de cela dont il s’agit : d’une guerre capitaliste à l’échelle mondiale, paupériser plus encore les pauvres et les couches moyennes pour augmenter les profits, concentrer le capital. Pour le patronat, l’enjeu de cette réforme des retraites dépasse le simple mode de calcul des pensions au regard de l’allongement de la durée de vie : à travers le développement des fonds de pension, c’est faire main basse sur des sommes d’argent faramineuses qui lui échappent encore. Et comme le dit Bernard Friot (page 4), le système de retraites par répartition met le capitalisme lui-même en péril.

De manière singulière, c’est à partir de l’Education nationale que la riposte s’est développée. Le début du démantèlement de l’Education Nationale avec la suppression du statut des étudiants-surveillants, le licenciement des aides-éducateurs, puis le transfert brutal de plus de 110 000 personnels (techniques et ouvriers, conseillers d’orientation psychologues, assistantes sociales, médecins scolaires) vers les Départements ou les Régions, ont été perçus comme une attaque intolérable contre le service public, et la porte ouverte à la marchandisation de l’école (page 3 la décentralisation).

Le vaste mouvement inter-catégoriel de l’éducation nationale engagé depuis plusieurs mois dans une grève reconductible, et convergeant progressivement avec d’autres secteurs professionnels, prouve que nous sommes passés de l’anesthésie pratiquée depuis 1995 par les gouvernements de gauche comme de droite, à la phase du réveil social.

Malgré les tentatives de certains syndicats de canaliser la grogne en l’enfermant dans des journées de grève sans lendemain, malgré le lâchage des surveillants et des aides-éducateurs laissés isolés dans leurs mouvements de grève généralisée à toutes les académies pendant plusieurs mois, la prise de conscience par les personnels de l’éducation de la gravité des attaques n’a cessé de se développer. La grève reconductible s’est imposée comme la seule forme de lutte de nature à tenir tête à un gouvernement Raffarin aussi arrogant qu’hypocrite. A "attaque globale, réponse globale", ripostent les grévistes.

Un mouvement qui cherche ses formes d’organisation.

Bien que les réalités et les rythmes soient différents d’un département à l’autre, partout, un vent d’auto-organisation des luttes s’est levé, permettant aux grévistes d’être maîtres de leurs débats et décisions (page 2 "le Mai rampant" ). La démocratie "directe" cherche à s’imposer à tous. Même les organisations syndicales les moins enclines à ces pratiques ont été contraintes de les prendre en compte. Pour Sud Education, ces formes d’organisation (Assemblées générales, comités de grève...) et de lutte (actions "directes" décidées collectivement, nouvelles formes de manifestations...) ne sont pas en opposition avec le syndicalisme que nous construisons. Elles sont nécessaires à l’organisation dans l’unité de l’ensemble des personnels, syndiqués et non-syndiqués. Elles permettent la maturation et l’expression d’un mouvement de fond qui dépasse la simple contestation.

Mais il ne suffit pas que ce mouvement se construise dans l’Education.

Face à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), qui convoite non seulement le marché de l’école en imposant sa privatisation rampante, mais aussi celui de la Santé, de la protection sociale, etc, une riposte interprofessionnelle est à construire au plus vite. L’heure est à la convergence des luttes, public-privé, salariés-chômeurs, actifs-retraités. C’est ce que des centaines de milliers de manifestants ont scandé le 25 mai, ce que des millions réaffirment depuis le 13 mai : pour le retrait des projets Raffarin-Fillon-Ferry, grève générale !

Si Sud Education et les autres syndicats Solidaires prennent toute leur place dans ce vaste mouvement contre le démantèlement de l’école et la réforme des retraites, il reste encore beaucoup à faire pour la construction d’un syndicalisme alternatif capable d’imposer d’autres choix que ceux de Matignon, quel que soit son locataire...

Aussi lançons-nous un appel à toutes celles et tous ceux qui paratagent ces valeurs, pour qu’ils amplifient la lutte et viennent renforcer le syndicalisme alternatif, afin de construire une école pour tous au service de tous, une société où enfin les libéraux de tous bords ne prendront plus nos vies en otage.

Saint-Denis, le 27 mai 2003

Agenda

<<

2021

 

<<

Septembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois