L’école, l’apprentissage et l’enseignement secondaire

Extrait du rapport Camdessus concernant l’école.
mercredi 29 juin 2005
mis à jour dimanche 3 juillet 2005

En gras : le cinquième point en rapport avec les EPEP

Dans la formation des hommes et des femmes, tout se joue, on
le sait dès l’école, y compris l’aptitude de nos enfants à se comporter en citoyens et à participer, le jour venu, avec tout leur potentiel de créativité et d’énergie à la vie économique. Elle est aujourd’hui, dans notre pays, au
cœur d’un grand débat. Elle est confrontée à tous les problèmes de notre société et à la crise que connaît sa cohésion sociale. En dépit de grands efforts d’adaptation, et du professionnalisme et du dévouement des enseignants,
elle peine à y faire face et à réduire le nombre d’enfants, - environ 15 % d’une classe d’âge - qui accèdent au collège sans maîtriser lecture, écriture et calcul. C’est un des problèmes majeurs de notre temps. Comme la commission Thélot, qui a été invitée à mener une vaste réflexion sur ce
problème, est sur le point de déposer ses conclusions, nous n’avions guère de raisons de nous y arrêter particulièrement. Cinq réflexions peuvent, cependant, du point de vue de notre recherche d’un nouveau modèle de
croissance, être formulées.

La première va de soi. Parmi les « hautes ambitions » de la
France, celle d’adapter l’école au monde d’aujourd’hui et de lui donner pour cela tous les moyens matériels nécessaires nous semble au cœur même de ce qu’un nouveau modèle de croissance devrait susciter. Elle est une des justifications majeures de l’effort d’économie dans les dépenses publiques et de restructuration de l’État que nous préconisons par ailleurs.

La seconde est celle de l’adaptation de nos outils et du fond culturel de l’enseignement scolaire compte tenu des évolutions récentes.

Ceci pose en particulier la question du rôle de l’École dans le développement de notre citoyenneté européenne, après avoir si efficacement contribué à forger notre identité nationale. Ceci pose également la question de l’initiation aux nouveaux outils de communication ; et en particulier à
l’image que nos enfants doivent mieux apprendre à lire et à décrypter au lieu de la subir pendant de longues heures passées devant la télévision.

Enfin, il serait utile, notamment en matière de sciences économiques et sociales, que les enseignements soient davantage ressourcés par les derniers résultats de la recherche. Des échanges plus féconds entre les praticiens
de l’école et la société civile, les entreprises par exemple, pourraient s’avérer utiles pour enrichir les perceptions réciproques et faire en sorte qu’une représentation plus concrète de la vie économique et du rôle de l’entreprise dans le pays soit fournie aux adolescents.

La troisième tient aux modes d’orientation. Aujourd’hui,
l’apprentissage en entreprise résulte, de fait, davantage d’un échec scolaire que d’un choix motivé. L’orientation vers telle ou telle filière constitue un choix de vie et ne doit pas seulement s’opérer en fonction des notes aux
différentes matières, mais en meilleure connaissance de ce que sont les métiers qui s’offrent aux enfants. Un effort profond doit encore être effectué en ce sens. On ne peut qu’être frappé par le fait que l’orientation par l’échec reste aussi fréquente au niveau du collège, alors que cette détestable pratique est dénoncée depuis de nombreuses années. Il faut se rendre à l’évidence : l’organisation et les pratiques éducatives les plus répandues au collège exigent un effort d’adaptation que de nombreux élèves ne parviennent pas à produire durablement. Alors que l’adolescence est l’âge de la croissance rapide et de la réalisation de soi par l’action, les rythmes et les méthodes qui prévalent sont encore trop tournés vers un apprentissage
cérébral de l’abstraction ; elles minimisent l’apprentissage par l’agir et, de ce fait, pour de nombreux enfants, n’atteignent pas leur but. L’habileté de la main a formé l’intelligence de l’homme. Ce qui est vrai à l’échelle de
l’espèce humaine se reproduit au niveau du développement personnel.

Ajoutons que la distance maintenue entre les familles, les éducateurs et l’environnement économique constitue un autre handicap regrettable pour les adolescents.

Notre quatrième remarque voudrait simplement saluer les initiatives retenues dans le « plan de cohésion sociale » proposé actuellement par le gouvernement au parlement pour améliorer l’attractivité de l’apprentissage et l’efficacité de la taxe d’apprentissage, tout en accompagnant 800 000 jeunes en difficulté vers l’emploi durable. Ces orientations nous semblent particulièrement désirables, tout comme celles qui concernent l’accompagnement des enfants et des collégiens en fragilité.

La cinquième est liée à notre réflexion sur la conduite du changement.

Plus nos appareils administratifs sont massifs et centralisés, moins l’innovation y trouve son chemin, plus l’expérimentation y apparaît nécessaire.

Il nous a donc semblé qu’il serait particulièrement utile de faire fond sur le désir de beaucoup de jeunes enseignants qui ne se résignent plus à ce que l’école mette en échec les enfants qui ont beaucoup de mal à adhérer à son projet, de participer - en vraie grandeur - à des tentatives de rénovation de l’école. On pourrait, pour cela, mettre en place - à titre expérimental et sous clause d’évaluation après quelques années - des établissements publics d’un type nouveau, sous la responsabilité de collectivités territoriales.

Ces établissements, sous contrat, prépareraient aux diplômes nationaux, accueilleraient tous les enfants qui le demanderaient, sans sélection.

Les enseignants seraient recrutés par la direction de l’établissement dans un corps de professeurs ayant les certifications requises. Ils seraient placés sous un autre type de contrat que celui de l’éducation nationale : à côté de leur enseignement proprement dit, ils assureraient l’accompagnement d’élèves, du travail interdisciplinaire (en équipe avec leurs collègues), de la concertation, des relations avec les familles sur le temps de service qui
serait très supérieur à 18 heures (autour de 26 heures). Une telle expérimentation, qui est d’ailleurs inspirée d’initiatives isolées et réussies, permettrait de tirer d’utiles leçons. Elle établirait une heureuse émulation, y
compris avec l’enseignement libre ; elle pourrait rendre espoir à beaucoup de familles dont l’une des pires souffrances est la souffrance même de leurs enfants, actuellement perdus dans un système qu’ils ne sentent pas
fait pour eux. Elle pourrait offrir, enfin, aux enseignants après un début de carrière dans les établissements ordinaires, une intéressante diversification et une utile expérience d’une autre manière d’exercer leur métier.

Deux propositions finales

Ouvrir un grand débat démocratique sur la question des droits d’entrée et de la quasi-gratuité de l’enseignement supérieur

C’est un sujet sur lequel personne ne peut prétendre détenir
toute la vérité. Il existe, dans de larges segments de l’opinion, la crainte que la tarification ne conduise, même avec un renforcement des bourses et la multiplication des possibilités d’emprunt, à l’apparition de nouvelles
inégalités, plus subtiles et insidieuses que celles qui existent aujourd’hui.

D’un autre côté, qui dit quasi-gratuité, dit universités pauvres, c’est-à-dire impossibilité de mutualiser au profit de tous des services indispensables à chacun : des bibliothèques universitaires aux collections richement
dotées et aux horaires d’ouverture étendus ; des équipements
informatiques en libre accès ; des services d’orientation professionnelle efficaces ; des aides financières d’un montant suffisant ; des logements ; des restaurants universitaires. En l’absence de ces services, chaque étudiant est livré à lui-même en fonction de sa connaissance du système, de son milieu social, de ses ressources. Entre massification et démocratisation, là réside la différence.

Conserver une capacité critique en matière de recherche

La recherche et l’innovation doivent être fortement encouragées pour favoriser la croissance à moyen et long terme.

Le corollaire de cet effort doit être un renforcement des capacités d’évaluation et de régulation de l’innovation. En effet, si l’on veut à la fois favoriser la diffusion de l’innovation et son acceptation par le public, il
convient de garantir que les éventuels effets négatifs de l’innovation ont été évalués de manière approfondie et indépendante et que la surveillance des risques est assurée de manière proportionnée à l’ampleur de ceux-ci. Dans
un passé récent, l’insuffisance de l’évaluation et de la régulation a été à l’origine de crises graves, parfois sur le plan sanitaire, toujours sur le plan économique.

Ceci suppose qu’à côté des partenariats entre secteur public et secteur privé soit maintenue une recherche indépendante de l’innovation et du secteur privé, disposant des mêmes compétences et ne souffrant pas de retard sur le processus d’innovation. Cela impose également que dans l’ensemble des domaines où l’évolution des techniques peut avoir des
répercussions sur la santé ou l’environnement, l’État se dote ou préserve ses capacités d’expertise et d’évaluation. Cela doit signifier enfin que les procédures de diffusion de l’innovation soient plus transparentes et puissent donner lieu à l’expression de choix politiques explicites selon des procédures démocratiques pour éviter des déconvenues ou des blocages préjudiciables tant à la sécurité qu’à l’économie.

En ce domaine où la prise de risque conditionne le succès, le pendant de ce risque réside dans la garantie d’une contre-expertise possible, visant à éviter à la fois les dérives et les fantasmes en matière d’innovation scientifique.

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