Info Oaxaca au 20 août 2006

Note d’information n°1
lundi 21 août 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

1- Rappel des épisodes précédents :

Le 22 mai dernier, les enseignants (instits, principalement) de l’Etat d’Oaxaca entrent en grève pour les salaires (rattrapage du pouvoir d’achat). N’obtenant pas satisfaction, ils reconduisent le mouvement. Le 14 juin, le gouverneur de l’Etat Ulises Ruiz (PRI) déclenche une brutale répression pour en finir avec la mobilisation.
Cela radicalise le mouvement, dont le principal mot d’ordre devient dès lors la destitution du gouverneur. Cette revendication trouve très rapidement un écho favorable dans la population : non seulement la brutalité envers les enseignants a choqué, mais elle venait après bien d’autres perpétrées dans l’Etat contre le mouvement social, c’est-à-dire principalement contre des organisations indiennes, communautaires ou régionales. Signalons que cet Etat du sud du Mexique est avec le Chiapas voisin un des plus indiens du pays (Zapotèques, entre autres). La répression contre les enseignants était la goutte qui a fait déborder le vase. De plus, tout le monde sait qu’Ulises Ruiz est arrivé au poste de gouverneur grâce à une fraude électorale massive ; son parti, le « Parti Révolutionnaire Institutionnel » (cherchez l’erreur !) a 80 ans d’expérience en ce domaine.

C’est ainsi que des centaines de milliers d’Oaxaquègnes ont occupé la rue et pris plus de 30 mairies. Près de 350 organisations, communautés indiennes, syndicats et associations civiles ont alors formé l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca (APPO), qui se présente comme la représentation légitime du peuple souverain face au pouvoir illégitime d’Ulises Ruiz.

Cela a coïncidé avec les élections fédérales (présidentielles, législatives et sénatoriales) du 2 juillet, qui ont donné aux Oaxaquègnes l’occasion d’infliger une sévère raclée au PRI, ainsi qu’au PAN (droite, au pouvoir à Mexico).

Depuis lors, une très large part de la société ne reconnaît plus Ulises Ruiz comme gouverneur de l’Etat. Ce n’est pas avec lui ni avec ses représentants que l’APPO négocie ses revendications. Elle a entamé avec succès une campagne de désobéissance civile pacifique. C’est l’APPO qui assume de fait le contrôle politique de la ville, et d’une partie au moins de l’Etat, commençant à former un embryon de « gouvernement » alternatif.

Bien sûr, cela ne se passe pas sans anicroches. Le 22 juillet, par exemple, un groupe de 20 « inconnus » a tiré avec des armes de forte puissance contre les installations de Radio Universidad, qui est devenue le principal porte-voix du mouvement. Des cocktails molotov ont aussi été lancés contre la maison du secrétaire régional du Syndicat National des Travailleurs de l’Education (SNTE), et celle du dirigeant de l’Organisation Indienne pour les Droits de l’Homme (OIDHO).

2- La situation actuelle :

Violence d’Etat

Dans la même veine, le mardi 15 août dernier, d’autres « inconnus » ont tenté d’assassiner un responsable de l’APPO dans le village de San Bartolo Coyotepec. La foule en a attrapé deux sur trois, qui ont été formellement reconnus par plusieurs témoins comme des policiers ; ceux-ci ont affirmé « n’être pas en service ». Retenus par l’APPO, ils ont été remis le lendemain à des représentants de la Croix Rouge. Jeudi 18 août, un enseignant a été blessé par balle lors d’un blocage de rue. La police municipale de la capitale de l’Etat freine des quatre fers pour ne pas affronter le mouvement ; mais il existe au Mexique assez de corps de police différents, sans parler des pistoleros du PRI, pour trouver des volontaires pour les basses œuvres. Le journal mexicain La Jornada (gauche) dit dans un article paru le 18 août : Les bandes organisées de cogneurs armés et de policiers « en congé » pullulent et commettent des agressions. Il dit également : On enlève des dirigeants, des militants, lesquels, après avoir été torturés, « réapparaissent » dans des locaux policiers où on les emprisonne officiellement, et le lendemain, les porte-parole institutionnels annoncent tranquillement qu’ils ont « capturé » un « agitateur » ou un « délinquant », comme si devant la mobilisation généralisée on pouvait pratiquer ces mesures « chirurgicales » qui rassurent le patronat.

Forum national

Bien entendu, la « Commune d’Oaxaca » ne laisse pas indifférents les Mexicains d’autres régions. Les 16 et 17 août s’est tenu dans la ville un Forum national, qui a rassemblé 1500 personnes représentant environ 200 organisations de la société civile et de l’enseignement. Ce forum s’intitulait Construire la démocratie et la gouvernabilité à Oaxaca. Assistait au forum l’ancien évêque de San Cristóbal de las Casas (Chiapas) Samuel Ruiz, dont la médiation entre l’EZLN et le gouvernement fédéral avait été bien utile pour parvenir aux accords de San Andrés en 1994.

Une des principales conclusions du forum est que le Mexique, plus qu’une crise électorale, traverse une crise sociale, dont les événements d’Oaxaca sont la preuve. Il a salué aussi le mouvement organisé qu’a institué l’APPO comme mécanisme pour mettre en route la transition politique que demandent les Oaxaquègnes.

Selon La Jornada, la présence indienne a été déterminante dans le forum. C’est elle qui a réclamé la reconnaissance du pluralisme juridique et l’autonomie des villages, de même que la valorisation de leurs formes de vie commune sociale et politique, ce qui suppose l’élaboration d’une nouvelle Constitution pour l’Etat d’Oaxaca. La déclaration finale souligne que l’axe directeur doit en être le bien-être pour toutes les personnes, sans discrimination d’ethnie, d’âge, de sexe, de condition sociale ou de croyance religieuse. Elle réclame également l’application des accords de San Andrés sur le respect des institutions indiennes, qui en principe ne concernaient pas seulement le Chiapas, mais toute la république. Elle propose encore que l’APPO promeuve l’installation d’un Comité (junta) de gouvernement populaire dès qu’Ulises Ruiz aura démissionné, cette alternative de gouvernement surgissant de chaque localité, de chaque centre de travail, de chaque territoire communal ou productif.

Il va sans dire que le forum réclame vigoureusement la libération des emprisonnés, l’arrêt de la répression sous toutes ses formes et la lumière sur les assassinats liés au mouvement.

Et après ?

Pour le moment, une chose est sûre : si Ulises Ruiz n’a toujours pas démissionné d’ici là, les enseignants n’assureront pas la rentrée en septembre. Les travailleurs de la santé, à leur tour, viennent de se déclarer en grève dans tout l’Etat...

20 août 2006.

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