Courage, Fillon

M. Fillon réforme pour ne surtout rien changer.
jeudi 25 novembre 2004
mis à jour samedi 25 août 2007

Si la fédération Sud éducation se réjouit de voir l’essentiel du rapport Thélot abandonné par M. Fillon, elle demeure opposée à la réforme qu’il annonce. Non seulement elle est insuffisante pour relever le défi d’une éducation démocratique et émancipatrice, mais elle se prive d’emblée des moyens de réaliser ses propres objectifs.

En effet, la fédération Sud éducation est évidemment favorable au principe de l’enseignement d’une première langue vivante dès le CE1 et d’une seconde dès la 5e, ainsi qu’au dédoublement sytématique des classes dans ces disciplines. Sud éducation approuve aussi l’aide individualisée, sans pour autant se faire d’illusion sur ce dispositif qui ne sera profitable qu’aux élèves qui « patinent » et non aux « décrocheurs » qui ont le plus besoin de soutien.

Sud éducation s’interroge néanmoins sur la faisabilité de tels engagements, quand M. Fillon s’est parallèlement engagé à ne pas remplacer les départs à la retraite. Car même en retenant son hypothèse optimiste - selon laquelle la baisse démographique permettrait de maintenir le taux d’encadrement des élèves -, 150 000 enseignants recrutés en cinq ans c’est plus qu’insuffisant pour rendre possible une véritable aide individualisée ainsi que l’enseignement d’une langue vivante à l’école primaire par des professeurs compétents. En se bornant à redéployer les moyens existants, M. Fillon condamne d’avance les points forts de sa réforme à ne demeurer que de simples effets d’annonce.

Surtout, il s’abstient de préciser les sacrifices pédagogiques que ses choix impliquent. Ainsi, selon M. Fillon, la suppression des TPE en Terminale serait nécessaire pour dédoubler les classes de langue sans surcharger l’emploi du temps des élèves. Mais quelles disciplines décidera-t-il donc de supprimer au collège et au lycée pour y mettre en place le dédoublement ? Sur ce point, le silence ministériel est d’autant plus inacceptable qu’il constitue un appel du pied aux syndicats pour cautionner des coupes sombres dont la seule raison d’être est budgétaire. Sud éducation y sera donc extrêmement vigilant.

Pour ce qui concerne le remplacement des professeurs absents, là encore, le ministère donne une mauvaise réponse au problème qu’il a lui-même créé. Car le remplacement en interne n’est ni pédagogiquement souhaitable ni, dans la plupart des cas, possible. Chacun sait que les emplois du temps des enseignants et des élèves ne sont que rarement compatibles, et le retour aux deux heures supplémentaires imposables ne changeront rien à ce problème. M. Fillon, après avoir démantelé le système des remplacements, se défausse sur les établissements sans leur donner les moyens de satisfaire les exigences légitimes des parents d’élèves. Mais au passage, il introduit plus de flexibilité pour les personnels, ce qui est inacceptable.

Enfin, M. Fillon se moque de nous en prétendant inscrire la liberté pédagogique dans la loi tout en promettant de renforcer la fréquence et le poids des inspections. De même qu’il se moque des enseignants en prétendant revaloriser leur fonction par la restauration de leur autorité... mais sans améliorer leurs conditions de travail ni débourser un centime. Le rétablissement du redoublement sur décision du conseil de classe, l’introduction du contrôle continu au brevet et au baccalauréat, le rôle décisionnel dans l’orientation dès la 5e, constituent autant de mesures rétrogrades qui rendront plus conflictuels les rapports des enseignants avec les élèves et leurs familles. Sud éducation rappelle que près d’un élève sur deux redouble déjà au moins une fois dans sa scolarité. Quant au contrôle continu, il implique la fin du caractère national du Brevet et du baccalauréat, ce qui ne peut qu’accroître la ségregation scolaire que M. Fillon prétend verbalement combattre. Là encore, les contraintes de gestion ne peuvent justifier une telle régression.

La réforme de l’éducation, dont M. Chirac a fait un objectif prioritaire de son quinquennat, s’avère donc n’être qu’une juxtaposition incohérente de mesures inefficaces dont la mise en œuvre pratique n’est pas élaborée.

Motivée par le souci de ne pas déplaire dans un contexte de restriction budgétaire, cette réforme n’est clairement pas à la hauteur de nos besoins éducatifs à long terme. Alors qu’aucune amélioration n’est prévue pour les personnels, le sort des élèves va continuer de se dégrader, en particulier celui des plus défavorisés. Pour eux, rien ne sera sérieusement mis en place, si ce n’est une orientation précoce vers l’enseignement en alternance... après un passage dans les classes-relais que le ministre promet de multiplier par cinq.

L’objectif de M. Fillon de 100% de réussite pour les élèves est donc purement démagogique. Celui de porter 80% d’une classe d’âge au bac perdrait son sens si cet examen était privé de sa dimension nationale par l’introduction du contrôle continu. Quant au nouvel objectif de 50% d’élèves diplômés du supérieur, il ne doit pas faire oublier les 50 % restants pour lesquels M. Fillon, n’a semble-t-il, pas même une pensée.

Fédération des syndicats Sud éducation

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