20 novembre : journée mondiale de solidarité - Oaxaca, 13-11-06

Note d’information n°8
mercredi 15 novembre 2006
mis à jour samedi 28 avril 2007

Ne croyez jamais la parole d’un ministre de l’intérieur, au Mexique ou ailleurs. Carlos Abascal a déjà été pris en flagrant délit de mensonge et parjure quand il « jurait devant Dieu » que jamais le gouvernement fédéral n’interviendrait militairement à Oaxaca, deux jours avant d’envoyer la PFP occuper l’Etat. Il l’a encore été la semaine dernière. Mardi, il montrait ses biceps face à Ulises Ruiz, le satrape d’Oaxaca : « il va falloir qu’il démontre qu’il est capable de gouverner, ou qu’il démissionne ; il a jusqu’à la fin de la semaine pour ça ! », affirmait-il. Bigre, quelle fermeté ! Oui, mais vendredi, changement de ton : « il faut laisser à Ulises Ruiz le temps de montrer l’efficacité de son nouveau plan de réconciliation ». On croirait entendre Jean-Paul Deux célébrant à Santiago une surréaliste « messe de réconciliation » sous la dictature de Pinochet (bilan : 4 morts, 300 blessés)...

A ce propos, ne faites jamais confiance non plus à un hiérarque religieux. L’exception, Samuel Ruiz, n’est là précisément que pour confirmer la règle. L’APPO, sachant que des mandats d’arrêt avaient été lancés contre plusieurs de ses porte-parole, avait demandé le droit d’asile à l’archevêque d’Antequera-Oaxaca, José Luis Chávez Botello. Après les avoir laissé dormir une nuit dans les locaux diocésains, celui-ci a finalement déclaré qu’il ne pouvait pas leur donner asile, faute de place et de moyens d’assurer leur sécurité ; il a ajouté que c’était aux pouvoirs publics d’assurer ladite sécurité. Autrement dit, allez donc demander protection à ceux qui veulent vous arrêter ; encore un qui est persuadé que des treize, le messie, c’était Judas ...

Guerra sucia

« Guerre sale », ou comme on dit plus pudiquement en français : guerre de basse intensité. C’est ce qu’avait déclenché dans l’Etat d’Oaxaca, il y a 10 ans, le président précédent Ernesto Zedillo, contre le groupe Loxicha des Zapotèques. Les services de renseignement pensaient, à tort ou à raison, y avoir détecté un début d’activité guerrillera. La région fut militarisée, les autorités des villages arrêtées ou tuées. Torture, disparitions, près de 90 assassinats, 200 condamnations, des milliers d’Indiens fuyant les villages pour se cacher en forêt. Ce furent rarement les soldats qui se salirent les mains : les basses œuvres étaient accomplies sous leur protection par des policiers locaux, des pistoleros à gage, et des délateurs, habitants des villages asservis au PRI.

Juan Sosa, de l’Union du Peuple Indigène Zapotèque et membre de la direction provisoire de l’APPO, avait « été disparu » à cette époque et brutalement torturé plusieurs semaines. Il en avait réchappé, ce qui lui permet de comparer cet épisode à ce qui se passe aujourd’hui à Oaxaca : rafles, perquisitions illégales, arrestations massives de militants populaires, exécutées par des policiers d’Etat, mais à l’ombre de la PFP. A présent, ce sont les petits cadres du PRI qui jouent les délateurs et provocateurs. Juan Sosa signale une autre similitude : l’action partiale de la justice. Chez les Loxichas, on avait fabriqué de toutes pièces des centaines de dossiers d’accusation, parfois aberrants. Il suffit d’entendre les énormités proférées dernièrement par Lizbeth Caña, responsable de la Justice dans le gouvernement d’Ulises Ruiz, pour retrouver l’ambiance d’alors. Elle a assuré jeudi dernier que la mort de José Jiménez lors d’une manif n’avait rien à voir avec le mouvement, qu’elle était due à une rixe avec les responsables de la clinique Santa María parce que la victime... était allée pisser sur leur parking ! Le lendemain, les légistes apportaient la preuve formelle qu’il avait été tué par des pistoleros postés sur le toit de la clinique. Juan Sosa ajoute que ces derniers jours, plus de 200 personnes ont été arrêtées, puis relâchées en peu de temps. « Cela répond, dit-il, à plusieurs objectifs : effrayer et inhiber la mobilisation, en premier lieu. En plus, les appareils de renseignement obtiennent des informations au cours des interrogatoires, qui sont violents, et parviennent ainsi à identifier les meneurs, à les localiser. C’est un mécanisme de guerra sucia ». Une différence, cependant : il y a dix ans, tout se passait loin dans la montagne, personne ne le savait ; aujourd’hui, cela se passe au grand jour, et les Oaxaquègnes ont « perdu la peur », comme ils disent.

Cela, toutefois, ne nous dispense en aucun cas du devoir solidaire de vigilance. Nous devons être prêts à réagir à la première alerte, contre toute violation des droits de l’homme, en sachant que le moindre rassemblement de 20 ou 30 personnes devant un consulat à Lyon, à Salamanque ou à Cologne est aussitôt connu - et apprécié - au Mexique.

En bas et à gauche

On disait dans une note précédente que le mouvement de solidarité avec les peuples d’Oaxaca n’avait pas le caractère d’un raz-de-marée, même si tous les jours il se passe quelque chose aux quatre coins du Mexique, et on espérait que ce mouvement se fortifie. C’est bien ce qui est en train de se passer. Comme tout ce qui part « d’en bas et à gauche », et non des grands appareils, cela prend un peu de temps, mais ce qui se construit est d’autant plus solide.

La CNTE, qui rappelons-le, regroupe les sections oppositionnelles à la direction vendue du SNTE, a lancé avec succès deux jours de grève les 9 et 10 novembre, qui ont été suivis par 70 000 enseignants de 7 Etats, avec une pointe de 90% d’écoles en grève au Michoacán. Forte de ce succès, la CNTE prépare déjà la prochaine, qui cette fois sera de 72 heures, pour fin novembre ou tout début décembre. Les arrêts de travail se multiplient aussi dans les universités, à l’initiative tantôt des étudiants, tantôt des profs.

Le 10 encore, la manif de soutien à l’APPO à Mexico a regroupé plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce qui commence à être sérieux. En tête marchait l’APPO, suivie du Mouvement pour la Défense de la Terre d’Atenco, de la CNTE, de « l’autre campagne », du Syndicat Mexicain des Electriciens (SME), et quelques autres organisations, plus des étudiants en grève.

Et puis, au fil du temps, la convergence de la lutte des peuples chiapanèques et oaxaquègnes apparaît de plus en plus évidente. Il n’est pas de jour sans que le Sub, dont la tournée du Mexique dans le cadre de « l’autre campagne » se poursuit, n’appelle à la solidarité avec l’APPO, et parfois longuement comme lors du meeting du 10 à Zacatecas ; ce meeting concluait une manif de soutien à l’APPO convoquée par « l’autre campagne », et Marcos y a souligné la parenté de formation entre l’APPO et l’EZLN : quelque chose qui vient de tout en bas et n’obéit à personne, qu’à soi-même. Mais il y a aussi d’autres signes. Par exemple, l’arrivée à Oaxaca d’une caravane de 300 Indien-ne-s Tzotzil d’Acteal (Chiapas), venus soutenir leurs frères indigènes oaxaquègnes. Ou encore la présence à la même tribune, pour un meeting à Mexico la semaine dernière, de représentants de l’APPO et de commandant-e-s de l’EZLN (Grabiela, Zebedeo et... pardon à la 3ème dont on a oublié le nom).

Congrès constituant de l’APPO

On attendait les premiers comptes-rendus de ce congrès pour rédiger cette note. Ils tardent à arriver, parce que des points de vue différents se sont exprimés, et que visiblement l’APPO procède à l’indienne. Alors que chez nous, dans ce cas, on vote, et que la majorité l’emporte, dans la tradition démocratique indienne on prend le temps de discuter jusqu’à ce que les points de vue se rapprochent et qu’on puisse se séparer sur un consensus. En gros, les deux points de vue de départ sont : ou bien continuer dans la voie de la résistance pacifique, ou bien passer à une étape plus « musclée » incluant la lutte armée. Rien de surprenant, en fait, puisque la situation est bloquée depuis un moment. On rendra compte de ce congrès dès qu’on aura des éléments.

Ce qu’on peut dire d’ores et déjà, c’est que personne ne trouve suffisant le « plan de réconciliation » d’Ulises Ruiz. Même si une ou deux mesures pourraient se discuter, cela ne pourrait se faire que sans Ruiz. Ce préalable du départ du satrape et de la fin de l’occupation militaire de l’Etat reste plus que jamais d’actualité. Même le Serapaz (Service d’Aide pour la Paix, instance de l’église catholique qui joue les médiateurs entre le ministère de l’intérieur et l’APPO) reconnaît que « Ulises Ruiz ne doit pas seulement présenter un plan, il doit en faire une réalité ». Par exemple, en sifflant ses chiens, ou si l’on préfère en contrôlant ses pistoleros qui continuent leurs exactions, ou en faisant taire sa Radio Ciudadana qui à longueur de journée appelle au lynchage.

Encore une fois, un des éléments qui peuvent débloquer la situation, c’est le soutien dont jouiront les peuples d’Oaxaca. Au Mexique, bien sûr, mais aussi partout dans le monde. Rappelons à ce propos qu’à l’Appel de l’APPO, ainsi que de l’EZLN, entre autres, la journée du 20 novembre (96ème anniversaire de la révolution de 1910) a été décrétée journée mondiale de la solidarité avec les peuples d’Oaxaca.

13 novembre 2006.

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